En bref
Cet article clarifie les trois obligations financières distinctes et complémentaires du Ramadan que tout musulman responsable doit maîtriser. Vous comprendrez précisément les différences cruciales entre la Zakat al-Fitr (obligatoire pour chaque personne avant la prière de l'Aïd), la Fidya (compensation requise pour ceux dans l'incapacité permanente de jeûner), et la Kaffara (expiation rigoureuse en cas de rupture délibérée du jeûne sans excuse légitime). Pour chaque obligation, nous détaillons meticuleuseement les conditions exactes, le montant précis, le timing approprié et les bénéficiaires légitimes selon les quatre écoles juridiques. Un arbre de décision visuel clair vous aide à déterminer rapidement quelle obligation vous concerne. Nous abordons également la Zakat al-Maal pendant le Ramadan.
Le mois de Ramadan apporte avec lui plusieurs obligations financières qui suscitent souvent confusion et questionnements chez les musulmans. Trois notions reviennent régulièrement : la زكاة الفطر (Zakat al-Fitr), la فدية (Fidya), et la كفارة (Kaffara). Bien qu'elles soient toutes des obligations financières liées au mois sacré, elles s'appliquent à des situations très différentes et selon des règles distinctes.
Beaucoup de croyants les confondent, ce qui mène parfois à verser les mauvais montants ou au mauvais moment. Cet article vous propose un guide complet et pratique pour comprendre précisément chacune de ces trois obligations, identifier laquelle s'applique à votre situation personnelle, et savoir exactement quand et comment vous acquitter de vos responsabilités religieuses.
Nous vous recommandons également de consulter notre guide Ramadan complet pour approfondir votre compréhension du mois sacré.
Qu'est-ce que la Zakat al-Fitr et comment la calculer ?
La زكاة الفطر (Zakat al-Fitr), littéralement « l'aumône de la rupture du jeûne », est une obligation financière que chaque musulman doit verser avant la prière de l'Aïd al-Fitr, marquant la fin du mois de Ramadan. Son objectif est double : purifier le jeûne de ses imperfections et assurer que les pauvres puissent célébrer l'Aïd dignement aux côtés de la communauté.
Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a établi cette obligation dans un hadith rapporté par Abu Dawud. C'est une zakat spécifique au mois de Ramadan, distincte de la Zakat al-Maal (la zakat sur les biens) qui s'applique toute l'année. La Zakat al-Fitr est obligatoire pour tout musulman ayant de quoi vivre, qu'il ait jeûné ou non, quel que soit son âge. Le chef de famille la paie pour lui-même et pour tous ses dépendants (enfants, personnes âgées, etc.).
Montants et unité de mesure du Sa'
Les trois obligations utilisent comme base de mesure le صاع (Sa'), une unité de mesure ancienne équivalente à environ 2,5 à 3 kilogrammes de produits alimentaires de base (riz, blé, dattes, etc.). Dans le contexte moderne, les montants monétaires varient selon la région, le prix des denrées alimentaires et les recommandations des autorités religieuses locales.
En France, en 2026, les montants approximatifs pour la Zakat al-Fitr sont : environ 6 à 8 euros par personne.
Lecture recommandée

Jeûne du Ramadan - Le Diagana
Un classique incontournable de la jurisprudence du jeûne. Le Diagana couvre en détail tous les aspects du jeûne selon l'école malékite, incluant les règles sur la Zakat al-Fitr, la Fidya et les situations particulières. Un ouvrage profond et accessible, idéal pour comprendre les nuances de ces obligations.
Dans quels cas la fidya s'applique-t-elle et comment la payer ?
La فدية (Fidya) est une compensation financière destinée à ceux qui ne peuvent physiquement pas jeûner de manière permanente ou durable. Elle s'adresse notamment aux personnes âgées, aux malades chroniques dont la condition ne s'améliora pas, ou aux femmes enceintes dont le jeûne présente un risque significatif pour leur santé ou celle du fœtus.
La Fidya est basée sur le verset coranique 2:184 : « Quiconque n'est pas capable de jeûner peut se nourrir un pauvre pour chaque jour ». Elle représente ainsi une alternative au jeûne pour ceux dont l'incapacité est durable et non temporaire. Cette obligation ne s'applique donc pas à celui qui est malade temporairement ou en voyage - dans ces cas, on rattrape simplement les jours manqués dès qu'on en est capable.
Conditions d'application et timing de la Fidya
La Fidya s'applique à ceux qui souffrent de conditions permanentes ou chroniques :
- Les personnes âgées à qui jeûner cause une grande souffrance
- Les malades chroniques (diabète, tension artérielle, maladies dégénératives, etc.) sans espoir de guérison
- Les femmes enceintes pour qui le jeûne présente des risques
- Les femmes allaitantes dont la santé ou la production de lait est menacée
Pour la Fidya, vous avez plus de flexibilité. Vous pouvez :
- Payer en une seule fois : le montant total (nombre de jours × 6-8 €) d'un seul coup, au cours ou après Ramadan
- Payer quotidiennement : verser l'équivalent d'un repas chaque jour du Ramadan que vous ne jeûnez pas
- Payer après Ramadan : s'acquitter de toute la Fidya due après la fin du mois sacré
Cette flexibilité reconnaît que certaines personnes ont des incapacités durables et que la Fidya peut s'étaler dans le temps. En France, en 2026, le montant approximatif est environ 6 à 8 euros par jour de jeûne manqué.
Lecture recommandée

Les assises du mois de Ramadan
De l'éminent savant saoudien Al-Outhaymin, ce livre offre une exégèse claire des fondements du Ramadan selon la compréhension salafiste. Chaque chapitre traite d'une règle essentielle, y compris les obligations financières. La clarté pédagogique est remarquable, idéale pour ceux qui cherchent une compréhension structurée.
Qu'est-ce que la Kaffara et quand la verser ?
La كفارة (Kaffara), souvent traduite par « expiation » ou « pénitence », est l'obligation la plus lourde des trois. Elle s'impose à celui qui rompt intentionnellement son jeûne sans excuse valide durant le mois de Ramadan, notamment par la nourriture, la boisson ou l'intimité conjugale.
Un hadith rapporté par l'Imam Muslim raconte l'histoire d'un homme qui a rompu son jeûne par inadvertance en mangeant. Le Prophète lui a ordonné d'expier cet acte. La Kaffara est ainsi destinée à compenser l'acte délibéré de rupture du jeûne sans excuse religieuse valide. C'est une expiation sérieuse qui implique une obligation importante et durable.
Conditions d'application de la Kaffara
La Kaffara s'impose à celui qui :
- A rompu intentionnellement son jeûne (manger, boire, intimité conjugale) sans excuse religieuse valide
- Après avoir commencé à jeûner avec l'intention correcte
- En toute conscience de ce qu'il faisait
Note importante : celui qui jeûne pendant un voyage, une maladie temporaire, ou qui rompt le jeûne avec une excuse valide (conseil médical pour sa santé) n'a pas besoin de Kaffara, mais seulement de rattraper le jour manqué dès qu'il en est capable.
Timing et modalités de versement de la Kaffara
Celui qui doit une Kaffara doit s'en acquitter dès que possible après la rupture intentionnelle du jeûne. Plus l'expiation est versée rapidement, plus elle témoigne de la sincérité et du repentir du fautif. Attendre trop longtemps après l'infraction peut affecter l'acceptation de l'expiation.
Contrairement à la Zakat al-Fitr, la Kaffara n'a pas de délai strict de fin, mais la promptitude à s'en acquitter est très important spirituellement.
La Kaffara a plusieurs options : affranchir un esclave (non applicable en contexte moderne), jeûner deux mois consécutifs, ou nourrir 60 personnes pauvres. Cette dernière option est la plus pratique aujourd'hui. Pour calculer en euros, multipliez 60 jours (ou 60 repas) par le coût d'un repas simple pour une personne pauvre dans votre région. En France, cela correspond généralement à 6-8 euros par repas, ce qui donne 360-480 euros pour une Kaffara complète. Cependant, cette somme peut être versée progressivement. Consultez un savant local pour adapter le calcul à votre contexte économique local.
À qui s'applique chaque obligation ?
Identifier quelle obligation s'applique à votre situation personnelle est crucial. Voici un aperçu détaillé des bénéficiaires de chacune de ces trois obligations.
Zakat al-Fitr : obligation universelle du Ramadan
La Zakat al-Fitr s'applique à tout musulman ayant les moyens financiers de la payer. Elle est due pour :
- Soi-même (homme, femme, adulte ou enfant)
- Tous les dépendants du chef de famille (enfants, épouses, parents âgés)
- Qu'on ait jeûné ou non (même celui qui était malade ou en voyage doit la payer)
- Qu'on soit riche ou pauvre (elle est obligatoire pour quiconque possède un surplus)
Tableau comparatif : qui, quand et combien
| Obligation | Qui doit payer ? | Condition requise | Montant (approx.) | Timing |
|---|---|---|---|---|
| Zakat al-Fitr | Tout musulman solvable | Fin du mois de Ramadan | 6-8 € / personne | Avant prière Aïd al-Fitr |
| Fidya | Incapacité durable uniquement | Impossible de jeûner (permanent) | 6-8 € / jour manqué | Au cours de Ramadan ou après |
| Kaffara | Rupture intentionnelle | Sans excuse religieuse valide | 360-480 € (variable) | Dès que possible après infraction |
Quand payer ? Timing précis pour chaque obligation
Le moment du paiement est aussi important que l'obligation elle-même. Ne pas respecter les délais peut modifier la nature ou l'acceptabilité de votre paiement. Voici le timing exact pour chaque obligation.
Zakat al-Fitr : avant la prière de l'Aïd
La Zakat al-Fitr doit être versée avant la prière de l'Aïd al-Fitr. Vous pouvez commencer à la payer dès le début du mois de Ramadan, mais c'est fortement recommandé de la verser dans les deux ou trois jours avant l'Aïd pour plus de certitude dans l'acceptation.
Si vous la payez après la prière de l'Aïd, elle sera considérée comme une aumône ordinaire (Sadaqah) et non comme une Zakat al-Fitr. Il n'y aurait donc pas d'accomplissement de cette obligation spécifique du Ramadan.
Arbre de décision : déterminez votre situation exacte
Pour éviter toute confusion, voici un arbre de décision pratique. Suivez chaque question pour identifier précisément quelle obligation s'applique à vous.
NON (vous avez manqué des jours) → Continuez à la question 2.
NON (vous avez rompu intentionnellement sans excuse) → Continuez à la question 3.
TEMPORAIRE (vous pouviez jeûner mais avez rompu par choix) → Vous devez une Kaffara (expiation lourde). Voir détails ci-dessus.
NON → Vous ne devez que votre propre Zakat al-Fitr.
Quelles sont les erreurs fréquentes à éviter ?
Beaucoup de musulmans commettent les mêmes erreurs année après année. Voici les pièges les plus courants et comment les éviter.
Beaucoup pensent que Fidya et Kaffara sont la même chose. C'est faux. La Fidya s'applique à l'incapacité permanente, tandis que la Kaffara s'applique à la rupture intentionnelle et sans excuse. Les montants diffèrent aussi : la Kaffara est généralement plus lourde (souvent l'équivalent de 2 mois de jeûne ou 60 jours de nourriture).
Verser la Zakat al-Fitr après la prière de l'Aïd transforme votre paiement en simple aumône. Vous ne vous acquittez plus de l'obligation spécifique du Ramadan. Le timing est absolument crucial. Planifiez votre paiement pour deux ou trois jours avant l'Aïd.
La Zakat al-Fitr n'est pas seulement une obligation personnelle. Si vous êtes chef de famille, vous devez la payer pour vos enfants (même en bas âge), vos épouses, vos parents âgés à charge, etc. Oublier ces personnes signifie que vous ne vous acquittez pas complètement de votre obligation.
Il y a une différence entre rompre le jeûne avec une excuse valide (conseil médical sérieux) et le rompre sans excuse. Seul le second cas entraîne une Kaffara. Si vous avez jeûné mais que vous avez rompu sur conseil d'un médecin, ce n'est pas une Kaffara.
Les règles du Ramadan évoluent selon les contextes et les certifications religieuses. Consultez des sources fiables et à jour plutôt que de vous fier à ce que vous avez entendu dire. Notre guide complet des erreurs du Ramadan vous aidera à rester informé.
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Jeûne du Ramadan - Le Diagana
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Questions fréquemment posées (FAQ)
Quelle est la différence entre Zakat al-Fitr et Zakat al-Maal ?
La Zakat al-Fitr est spécifique au mois de Ramadan et doit être payée avant la prière de l'Aïd al-Fitr. Elle s'applique à tous les musulmans solvables, indépendamment de leurs biens, et son montant est fixe (6-8 euros par personne en France). La Zakat al-Maal, en revanche, s'applique toute l'année sur les biens accumulés au-delà du Nisab (seuil d'exemption) et son montant est de 2,5% des biens possédés pendant une année lunaire. La Zakat al-Fitr purifie le jeûne, tandis que la Zakat al-Maal est un pilier de l'Islam applicable toute l'année.
Peut-on donner la Zakat al-Fitr en argent plutôt qu'en nourriture ?
Oui, la majorité des savants modernes acceptent de donner la Zakat al-Fitr en argent, particulièrement dans les sociétés urbaines où la nourriture en grains n'est pas facilement accessible. Cette approche reconnaît les réalités contemporaines. L'équivalent monétaire doit correspondre au prix d'une Sa' (2,5-3 kg) de nourriture de base sur le marché local. En France, cela correspond généralement à 6-8 euros. L'important est que l'intention soit correcte et que la valeur soit proche de celle de la nourriture en nature.
Que faire si j'ai oublié de payer la Zakat al-Fitr avant la prière de l'Aïd ?
Si vous avez oublié de payer avant la prière de l'Aïd, vous pouvez toujours la payer après, mais elle sera considérée comme une aumône ordinaire (Sadaqah) plutôt que comme l'accomplissement de l'obligation spécifique de la Zakat al-Fitr. Bien que ce soit un acte méritoire, ce n'est pas la même chose. Le mieux est de payer au plus vite après vous en être rendu compte. Planifiez pour l'année prochaine en vous rappelant de payer deux ou trois jours avant l'Aïd. Si c'est une oubli habituel, notez la date du début du Ramadan dès sa proclamation et mettez-vous un rappel.
La fidya peut-elle être donnée en une seule fois au début du Ramadan ?
Oui, la Fidya peut tout à fait être payée en une seule fois au début du Ramadan, si la personne connaît le nombre de jours qu'elle ne jeûnera pas (ce qui est souvent le cas pour les incapacités permanentes ou durables). Vous pouvez donc calculer le nombre total de jours et payer en une seule fois (nombre de jours × 6-8 euros). Cette approche est pratique et reconnue par les savants. Cependant, vous avez aussi la flexibilité de payer quotidiennement ou après Ramadan. L'important est que la Fidya soit versée, quelle que soit la modalité.
Comment calculer la kaffara en euros ?
La Kaffara a plusieurs options : affranchir un esclave (non applicable en contexte moderne), jeûner deux mois consécutifs, ou nourrir 60 personnes pauvres. Cette dernière option est la plus pratique aujourd'hui. Pour calculer en euros, multipliez 60 jours (ou 60 repas) par le coût d'un repas simple pour une personne pauvre dans votre région. En France, cela correspond généralement à 6-8 euros par repas, ce qui donne 360-480 euros pour une Kaffara complète. Cependant, cette somme peut être versée progressivement. Consultez un savant local pour adapter le calcul à votre contexte économique local.
Points cles a retenir
- La Zakat al-Fitr est obligatoire pour chaque individu et doit être versée avant la prière de l'Aïd : c'est votre purification avant la célébration.
- La Fidya s'adresse aux personnes dans l'incapacité permanente de jeûner : elle représente une forme de compensation pour les jours non jeûnés.
- La Kaffara est l'expiation pour rupture délibérée du jeûne : elle est plus rigoureuse que la Fidya et inclut généralement un jeûne compensatoire.
- Un arbre de décision simplifie votre compréhension : vérifiez rapidement quelle obligation s'applique à votre situation particulière.
Planifiez vos obligations financières dès le début du Ramadan pour éviter les oublis de dernière minute. Consultez un savant si votre situation présente des complexités spéciales (santé, voyage, circonstances particulières).






